Soirée courts métrages
María Hermosillo Silva
Dans la programmation des courts métrages de cette année, une ligne claire s’est peu à peu dessinée : celle de la perte, du départ, sous ses diverses formes.
Que raconte le cinéma de ces multiples “départs” ?
Nous commençons avec Cœur bleu de Samuel Suffren, où la question se pose : quel est le poids pour ceux qui restent ? Le poids dans l’attente d’un appel, d’une visite, d’un signe de celui qui est parti. Entre symbolisme et images oniriques, Samuel nous transporte à travers des sensations empreintes de nostalgie. Et au milieu de ces images, une affirmation : « Un jour, le soleil brillera sur Haïti ».
Astronauta suit le quotidien d’un bûcheron, Audelie, et dénonce, à travers une relation père-fille, le sexisme banalisé dans la société. Une tentative de préserver l’innocence et les rêves d’enfant face à la dureté de la jungle, analogie de la société.
Como si la tierra se las hubiera tragado nous confronte, de manière crue et profondément réaliste, malgré son format animée, à la situation de nombreuses femmes au Mexique et en Amérique latine : celles que l’on appelle les « disparues », mais qui sont réellement des victimes du féminicide. Une violence perpétuée par un système patriarcal et par l’État qui était censé les protéger.
Avec Samba infinito, nous poursuivons l’exploration de la perte à travers la mémoire, avec ce mot portugais qui décrit si justement le vide laissé par un départ : saudade. Par la poésie, à travers la ville comme un outil de narration et la mise en scène comme terrain de jeu, ce film évoque une émotion qui dépasse le manque : s’accrocher à la beauté, à la mémoire, à la présence persistante de ce qui n’est plus.
Servicio necrológico para usted nous offre un moment de respiration, en nous faisant découvrir le métier de deux thanatopracteurs, qui racontent leur quotidien avec légèreté et humour, malgré le tabou qui nous habite tous : la mort.
Agua fría nous transporte dans l’expérience de la perte du point de vue des enfants : la perte d’une amitié, le départ de quelqu’un qui a dû quitter le pays. Grandir dans la fragmentation que laisse la migration, et apprendre à faire face à l’adversité avec imagination et résilience.
Enfin, Toda la vida para siempre nous place du côté de celles et ceux qui partent, ceux qui tentent de construire une vie meilleure, pour eux-mêmes et pour leurs familles, clôturant ce programme comme il a commencé : à travers les rêves.
Nous vous invitons ainsi à partir avec nous pendant 107 minutes, à la découverte des histoires que ces cinéastes viennent nous raconter.
Maria Hermosillo Silva, membre du comité de sélection Kinolatino